C’est une vieille histoire… Homélie 14 ème dimanche ordinaire

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Homélie de Bernard Thomasset

14ème dimanche ordinaire année B

Lectures : Ezéchiel 2,2-5 ; 2 Corinthiens 12,7-10 ; Marc 6,1-6

source url C’est une vieille histoire. Depuis que le monde est monde, Dieu ne cesse de s’adresser aux hommes. Il a tant de choses à leur dire… pour les éveiller à sa présence à ses côtés, les appeler à faire histoire avec lui, leur montrer les impasses où ils s’égarent, les appeler encore. Dieu parle aux hommes. Un Dieu obstiné qui, lorsqu’ils font la sourde oreille ou se révoltent contre lui, cherche encore à les rejoindre : « Il faut qu’il y ait un prophète ! » dit-il à Ézéchiel. Et puis ce fut Jésus… Et cela est toujours vrai comme le proclame Pierre à la Pentecôte en citant Joël : « Sur mes serviteurs et mes servantes, je répandrai mon esprit et ils seront prophètes ». Le prophète est ainsi quelqu’un qui est envoyé par Dieu pour donner l’alarme, rappeler l’important, crier fort pour que l’homme entende et soit sauvé. Mais où l’entendre résonner, sa parole, aujourd’hui ?

http://selfcreditrepairdisputesoftware.com/top-tips-for-great-credit-building-credit-building-techniques/ Certains guettent sa parole dans des manifestations extraordinaires, miraculeuses : Fatima, Medjugorje… d’autres à travers des figures médiatiques : Jean-Paul II, sœur Emmanuelle… C’était le cas du temps de Jésus : on évoquait Moïse et le Sinaï, Elie et son char de feu… Sans doute Dieu parle-t-il ainsi, parfois. Mais la parole de Dieu est habituellement, depuis Jésus, à Nazareth, incognito. Jésus y a passé trente ans, sans signes particuliers ni miracles, si banalement homme pourrait-on dire, qu’on n’arrive pas dans son pays, sa famille, à percevoir ce qu’il apporte de neuf et de révolutionnaire.

Mystère de la présence de Dieu dans ce qui fait la vie la plus ordinaire des hommes… Immense respect de Dieu qui ne veut pas contraindre, qui, à hauteur d’homme, appelle, dénonce parfois, bouscule toujours et, comme un pauvre, attend une réponse. Oui, la parole de Dieu continue d’être transmise dans nos Nazareth d’aujourd’hui, c’est-à-dire dans notre vie ordinaire. Elle nous vient bien sûr de l’évangile, lu et relu, médité, partagé au fil des journées. Elle nous vient aussi de ceux que nous côtoyons dans toutes nos relations, dans telle conversation, tel événement, tel reportage télévisé. Savons-nous voir en eux des envoyés de Dieu ?

Aussi le dépit de Jésus, ce qui le met aujourd’hui en colère, c’est qu’on passe à côté, que sa parole de vie ne soit pas reconnue, par aveuglement. Après bien des prophètes qui l’ont précédé, Jésus a rencontré l’échec, qui l’a conduit jusqu’à la croix : ce fut le grand drame de sa vie. Eh bien, le même drame continue. Il faut entendre ce dépit du Christ devant le manque de foi qu’il rencontre, et d’abord de ceux qui le connaissent. Les incroyants ne seraient donc pas seulement les autres… mais ceux de son pays et de sa propre famille ? Nous devons alors nous poser la question : nous qui sommes « familiers » de Jésus, croyant déjà bien le connaître, depuis tant d’années, nous pourrions donc être de ceux-là ? Allons plus loin : la fréquentation que nous avons de lui, nos idées acquises sur lui pourraient-elles être un écran qui nous empêche d’entendre ce qu’il a vraiment à nous dire ?

Ainsi la foi, c’est ici une confiance première que Dieu n’a pas fini de nous parler et qu’il nous faut, toutes antennes déployées, chercher à saisir ce qu’il veut nous dire. Avoir la foi, c’est croire que Dieu a encore beaucoup à me dire que je n’ai pas encore perçu. C’est me mettre dans une écoute attentive de ce que sa parole a pour moi d’inédit, de provoquant peut-être. Pour cela, je lirai à chaque fois l’évangile comme si c’était la première fois, j’accueillerai Jésus tel qu’il se révèle dans l’évangile : ses sentiments, ses choix, et ses paroles, subversives si on les entend bien, dont toute sa vie témoigne… Je me mettrai aussi à l’écoute de ce que Dieu veut me dire à travers ceux que je côtoie : une parole, une attitude qui disent un appel, une indignation, un émerveillement, une parole de foi… Nous pensons parfois que Dieu est bien silencieux. Mais il continue de nous parler, en Jésus dans l’évangile et à travers les autres, ses prophètes d’aujourd’hui. C’est ainsi qu’il continue de s’adresser à nous aujourd’hui. Il dépend de nous que sa parole résonne dans notre vie.

Mais nous aussi, comme Ezéchiel, comme Paul, nous sommes envoyés pour que l’espérance que Dieu offre aux hommes puisse les rejoindre. C’est ce que Jésus a confié à ses disciples. Par notre baptême, nous sommes tous appelés à être de ces prophètes. Nous nous sentons bien indignes et pauvres ? Bien sûr. Comme Paul, nous avons-nous nos faiblesses, le sentiment de notre indignité, tout ce qui nous paralyse. Mais écoutons Paul nous transmettre cette parole du Seigneur : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Nous répondrons à cette mission d’être nous aussi prophètes, mais oui, porte-parole de Dieu en nous confiant à lui pour qu’il habite en nous. Ce qu’il aura à transmettre à travers nous lui appartiendra. Il nous revient seulement de nous laisser habiter en profondeur. Faisons donc nôtre cette prière d’Etty Hillesum depuis l’enfer nazi : « Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres. » Voilà l’appel pour aujourd’hui : garder Dieu vivant en nous en cherchant sans cesse à discerner ses appels dans notre vie et ainsi, nous le croyons puisque Dieu a besoin de nous, contribuer à porter sa parole de vie dans ce monde.